Illustration : guide de prévention de l'ARS Guyane, ©ARS Guyane

  FICHE DE SYNTHÈSE   

ORPAILLAGE ILLÉGAL ET

SANTÉ.

 

Un désastre

sanitaire

.

Depuis les années 80-90, l’utilisation du mercure dans les activités d’orpaillage illégal a entraîné une contamination importante des écosystèmes terrestres et aquatiques amazoniens. Produit chimique peu onéreux et accessible sur le marché noir (bien qu’interdit officiellement en Guyane) le mercure est extrêmement polluant. 

Impossible de savoir en quelle quantité le mercure est présent dans les écosystèmes. Simple estimation : on évalue la production informelle d’or à 10 tonnes par an et il faut 1,3 kg de mercure pour traiter 1 kg d’or. Ajouté à la pollution voisine du Suriname via le fleuve frontalier et au mercure déjà présent à l’état naturel dans le sol et activé par l’activité d’orpaillage, ainsi que dans les sédiments des cours d’eau, on peut évaluer que depuis 40 ans, ce sont des centaines de tonnes de mercure qui ont été déversées dans l’environnement, en particulier dans la zone du Haut Maroni.

Ce mercure met aujourd’hui en péril les écosystèmes et avec eux les communautés qui en dépendent. Les scientifiques ont établi que le mercure rejeté dans le biotope aquatique est converti en méthylmercure (MeHg) par des processus microbiens naturels et s’accumule dans l’ensemble des chaînes alimentaires aquatiques.

 

Ainsi, les Wayanas y sont particulièrement exposés car leurs repas sont composés quotidiennement de poissons carnivores situés en bout de chaîne alimentaire et dont la chair présente de fortes teneurs en mercure. 

 

Pour la population, le méthylmercure ingéré via l’alimentation pose un véritable problème de santé publique, notamment chez les femmes enceintes et les jeunes enfants.

Photo : Affiche de prévention de l'Agence Régionale de Santé Guyane contre les poissons les plus néfastes en raison de leurs taux de mercure, ©ARS Guyane

Photo : Lilia Opoya, présidente de l'Association des Femmes Victimes du Mercure (ADVM) et Marine Calmet, Présidente du programme Wild Legal, consultant les résultats des tests d'intoxication au mercure, ©Wild Legal

Chiffres-clés.

 

10μg/g

[MICROGRAMMES DE MERCURE

/ GRAMME DE CHEVEUX]

C’est la limite sanitaire recommandée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Des études ont toutefois démontré qu’une exposition à des taux inférieurs pouvait également avoir des effets sur la santé.

1956

[MALADIE DE MINAMATA]

La pollution au mercure documentée dans la baie de Minamata a permis aux scientifiques d’établir depuis les années 50 le lien entre la contamination des poissons et le développement de symptômes neurologiques, sensoriels et moteurs et notamment, des troubles mentaux légers, notamment chez les enfants nés de mères contaminées 

1994

[PREMIÈRES ÉTUDES]

Les premières études sur la pollution au mercure révèlent une contamination élevée, jusqu'à 12 μg/g en moyenne dans la population wayana. Jusqu’à aujourd’hui des études sont réalisées de manière sporadiques et mettent en évidence des résultats alarmants sans pour autant que des mesures de protection soient prises par les pouvoirs publics.

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Poisson,

poison.

 
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SANS POLITIQUES PUBLIQUES DE DIAGNOSTIC ET DE SUIVI, ON SOIGNE QUI ?

 
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 ENJEU N°1 

Dépistage et suivi

des habitants du haut Maroni

 

Depuis les années 1950, les observations menées par la communauté scientifique ont relevé que la maladie de Minamata se traduit par les symptômes neurologiques, sensoriels et moteurs suivants :

 

  • Réduction du champ visuel ;

  • Altération de l'audition ;

  • Troubles de la sensibilité ;

  • Altération de la parole (dysarthrie);

  • Perte de coordination des membres (ataxie) ;

  • Convulsions et tremblements ;

  • Troubles mentaux légers, notamment chez les enfants nés de mères contaminées.

Malgré ces constats et depuis 1994, les études se succèdent toutefois sans que des mesures fortes soient mises en œuvre pour garantir la protection de la santé des Wayanas.

Enjeu

1

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2

 ENJEU N°2 

Mesurer l'urgence

d'un taux de mercure en hausse constante

Les dernières campagnes de dépistage menées par l’association Solidarité Guyane montrent que la contamination des Wayanas n’a pas diminué, relevant au contraire une aggravation depuis les premiers résultats de 1994

 

Face aux carences de dépistage et de suivi de la part des organismes locaux de santé publique, en 2019, l’Association des Femmes Victimes du Mercure (ADVM) du village de Taluen a procédé avec l’aide du Suriname Indigenous Health Fund, organisation spécialisée dans le dépistage du mercure, de l’Organisation des Nations Autochtones de Guyane et de Wild Legal, à des tests du mercure sur un premier panel de 10 personnes. Ces tests confirment la tendance démontrée précédemment.

Ces tests ne peuvent être considérés comme représentatifs étant donné le faible nombre de personnes testées, néanmoins, il permet aux membres de l’association ADVM de confirmer leurs craintes. Les résultats ont montré que le seuil moyen des adultes testés était de 8,8 µg/g (min: 6 µg/g; max : 14 µg/g), face à une norme de référence d'environ 2 µg/g

Les études menées jusqu’ici ne permettent pas un suivi sur la durée de la santé et des impacts de l’exposition au mercure, notamment des publics à risque comme les femmes enceintes et les jeunes enfants. Malheureusement, seuls les professeurs demeurent en première ligne pour témoigner des retards développés par les enfants dans l’apprentissage ainsi que du peu de moyens à leur disposition pour faire face. 

Enjeu

Photo : Centre de santé de Maripasoula, ©esante.gouv.fr
 
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Droits fondamentaux

de cette campagne.

DROIT À LA VIE

Aux termes de l'article 2 de la Convention Européenne des Droits de l'Homme du 4 novembre 1950, le droit « de toute personne à la vie est protégé par la loi ». Il en découle une règle internationale fondamentale de protection de la vie, qui doit ici être appliquée.

DROIT À LA SANTÉ

Aux termes du onzième alinéa du Préambule de la Constitution de 1946, la Nation « garantit à tous … la protection de la santé ». Il en découle un objectif de valeur constitutionnelle de protection de la santé, qui doit ici être appliqué.

DROIT À

UN ENVIRONNEMENT SAIN

Aux termes de l'article 1er de la Charte de l'environnement de 2004, chacun « a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé ». Il en découle un objectif de valeur constitutionnelle de protection de l'environnement, qui doit ici être appliqué.

Notre demande.

" PROTECTION IMMÉDIATE DES DROITS FONDAMENTAUX À LA VIE, À LA SANTÉ ET À UN ENVIRONNEMENT SAIN DES PEUPLES AUTOCHTONES DE GUYANE. "

 
 

Nos propositions.

01

Mettre en place un suivi régulier de la contamination des milieux et de la faune aquatique par le mercure ; en particulier des espèces consommées par les habitants du Haut-Maroni.

02

Réduire le seuil admissible pour les femmes enceintes à 2,5 μg/g au lieu de 10 μg/g, avec une surveillance de l’ensemble des femmes présentant des taux de mercure supérieurs.

03

Réaliser une évaluation des apports de mercure par l’allaitement maternel.

04

Mettre en place d’un plan de surveillance populationnelle des expositions au mercure en priorité sur les populations des femmes en âge de procréer et de leurs enfants âgés de moins de 7 ans.

05

Communiquer systématiquement les résultats des dépistages aux personnes concernées, en accompagnement ces chiffres d'une explication des risques pour la santé.

En savoir plus.

Bientôt plus de matériels ici.