top of page

Colloque OFB – CESE : démocratie environnementale, altérité et relations au vivant


Il y a des rentrées qui donnent de l’élan. Cette rentrée 2026 confirme que les droits de la Nature sont en train de changer concrètement nos institutions, par un grand chantier porteur de sens et d'espoir !


Les 8 et 9 janvier 2026, Wild Legal a participé au colloque organisé par l’Office français de la biodiversité (OFB) et le Conseil économique, social et environnemental (CESE) "Comment enrichir notre vies à travers nos relations aux autres vivants ? Le rôle des politiques publiques et des actions collectives"




À cette occasion, nous avons présenté nos travaux sur les articulations entre droits de la Nature, droits participatifs et démocratie environnementale (Note d'éclairage CNDP, 2025).


Ces deux journées ont permis de croiser des regards scientifiques, institutionnels, associatifs et économiques pour aboutir à des pistes de travail concrètes.




Sortir de l’expérimentation : les droits de la Nature comme outil opérationnel


Un enseignement fort des ateliers est que les droits de la Nature ne peuvent plus être pensés comme une simple expérimentation marginale ou symbolique. Ils constituent un outil structurant, capable de transformer concrètement les pratiques démocratiques, les actions écologiques et les dynamiques sociétales depuis nos territoires.


Au cours des septs ateliers organisés, deux ont directement mentionnés les droits de la Nature comme levier d'action, dégageant trois dynamiques majeures :


1. Renforcer la gestion des espaces protégés. Les droits de la Nature permettent de mieux prendre en compte les intérêts propres des milieux, au-delà des seuls usages humains, pour assurer une meilleure cohabitation humains, non humains. Cette approche vient conforter le travail engagé par Wild Legal depuis plus de trois ans avec le réseau des Réserves naturelles de France et d'autres chantiers en cours auprès de Parcs et de Conservatoires d'espaces naturels.


2. Transformer les processus de décision. Reconnaître le Vivant comme partie prenante et non comme ressources inerte conduit à repenser la composition des instances, les méthodes de délibération, les rôles des acteurs et les critères de décision. Il ne s’agit plus seulement d’arbitrer entre intérêts humains, mais de construire des dispositifs capables de faire entendre les intérêts du vivant, de qualifier nos relations aux milieux, et de dépasser une approche strictement anthropocentrée.


3. Favoriser la cohabitation des systèmes de valeurs. Les ateliers ont mis en lumière l’importance de cadres de dialogue sensibles aux attachements, aux récits de territoire, aux savoirs locaux et aux relations vécues avec les lieux. Cette ouverture est essentielle pour éviter la défection d’une partie de la population qui ne se reconnaît pas dans des référentiels uniquement technique ou occidentalo-centrés.


Mettre la relation au cœur de la décision publique



De nombreuses contributions ont insisté sur l’importance de penser la relation comme un véritable sujet politique à part entière. Ce qui nous relie, dans son existence propre, unique et singulière.


Inspirées notamment des travaux en ontologie relationnelle, en humanités environnementales et en écologie politique, ces approches invitent à sortir d’une vision strictement individualiste ou utilitariste du vivant.


Des outils concrets ont été évoqués : démarches immersives in situ, dispositifs symboliques (chaise laissée au vivant), récits territoriaux, cartographies sensibles des attachements, diagnostics relationnels, méthodes de qualification des liens. Autant de leviers pour rendre visibles les interdépendances, les mémoires des lieux, les fragilités écologiques et les formes d’habitabilité.


Ces méthodes ne relèvent pas de l’anecdotique : elles constituent des outils démocratiques permettant d’élargir le champ de ce qui est légitime et à prendre en charge dans l'espace de la décision publique.


Des recommandations claires pour passer à l’échelle


Les travaux des ateliers ont abouti à des recommandations opérationnelles :


  • Intégrer effectivement les intérêts du vivant dans les décisions, par des dispositifs de représentation, notamment par la reconnaissance juridique des droits du Vivant.


  • Former à la relationalité à toutes les échelles, des élus aux agents publics, des techniciens aux habitants, afin de construire le socle d'une culture commune des relations humains non humains.


  • Produire des diagnostics territoriaux holistiques et sensibles, capables de rendre visibles les attachements, les savoirs locaux, les interdépendances écologiques et sociales.


Un point a également été souligné : il est temps de sortir d’une terminologie qui renvoie encore à l’“expérimentation”, alors même que de nombreuses pratiques sont déjà pleinement mises en œuvre sur les territoires et matérialisent de nouvelles méthodes et processus de conception des politiques publiques.


Vers des propositions nationales et des alliances stratégiques


Les contributions issues du colloque seront compilées dans un document de restitution du CESE. Celui-ci a vocation à nourrir des propositions à destination du gouvernement et du Parlement, mais aussi à servir de base pour structurer des synergies et des stratégies communes entre les grands acteurs de la protection de la Nature en France.


Pour Wild Legal, cette dynamique confirme une intuition fondatrice : les droits de la Nature ne sont pas seulement un outil juridique, mais un levier de transformation démocratique, capable de renouveler nos manières de faire corps dans les territoires, de protéger le vivant et de réparer nos relations aux autres qu’humains (ainsi qu'entre humains d'ailleurs).


Une étape importante pour passer résolument des principes à l’opérationnalisation — et continuer à faire évoluer notre démocratie à hauteur du vivant.

Commentaires


bottom of page